Les données scientifiques du don du sang parlent, l’égalité de traitement des homos avec les hétéros face à la volonté politique

Les données scientifiques du don du sang parlent : l’égalité de traitement des homos avec les hétéros n’est qu’une question de volonté politiqueAu terme du questionnaire lancé entre septembre et décembre 2017, qui a recueilli un nombre exceptionnel de réponses valides (50000 femmes, 52000 hommes qui n’ont pas eu de rapport sexuels avec d’autres hommes dans l’année, 251 hommes ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes dans l’année), l’étude Complidon de Santé Publique France a rendu un tableau positif en terme de sécurité du don suite à la modification des critères d’ajournement du don du sang aux homos-bisexuels à l’été 2016 (http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Maladies-infectieuses/2018/Bilan-sur-le-respect-des-criteres-de-selection-des-donneurs-de-sang-deux-ans-apres-leur-modification). Si des lots ont été identifiés contenant du VIH, leur nombre n’augmente pas suite à cette révision, elle concerne les mêmes publics, les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels ou ayant des pratiques sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Parmi eux, les homos identifiés comme séropositifs étaient à des stades précoces, de moins de 6 mois après la contamination, en même proportion avant et après la révision. Nous nous interrogeons cependant sur le lien entre la femme dépistée séropositive et le fait qu’elle soit en couple avec un homme bi, comme raison implicite de son statut sérologique. Cet homme bi est-il réellement séropositif, à quel stade de l’infection et à quel niveau de charge virale? Sans ces données apportées, tout lien entre la contamination de cette femme et la relation entretenue avec cet homme n’est qu’hautement hypothétique, basé uniquement sur du déclaratif et de la présomption, source de raccourcis biphobes une fois publié et diffusé (déjà recensés dans l’enquête interassociative sur la bisexualité de 2012). A partir de ces données et du calcul de l’incidence au VIH chez les HSH, il a été possible de calculer le risque résiduel de cette révision sur le nombre de poches récoltées contaminées. S’il était de 1/600000 avant 2016, il a été calculé de 1/520000 sur la période 2015-2017, donc une différence trop faible pour estimer un surrisque, selon santé publique France. Il faut préciser, de surcroit, que sur la période juillet 2016 – décembre 2017, soit après la révision, le risque est de 1/640000 soit le niveau d’avant révision.
Le comportement des donneurs ayant répondu et en particulier celui des donneurs HSH est-il un frein à une révision tendant vers une égalité de traitement avec les hétéros? Le deuxième apport fondamental de l’enquête Complidon est de questionner le comportement des donneurSEs, son adéquation avec les normes édictées de sécurité au don du sang et les raisons d’un non-respect de celles-ci (la non compliance). En se penchant sur les domaines où les donneurSEs n’ont pas dit la vérité dans le questionnaire et lors de l’entretien, les questions du multipartenariat du ou de la répondante et de celle de son partenaire, de l’utilisation du préservatif et d’une infection récente à une IST sont intéressantes à analyser et à comparer entre les différents groupes populationnels. Il apparait en effet que les femmes et les HSH ayant eu des rapports sexuels dans les 12 derniers mois cachent davantage les informations sur leur multipartenariat et celui de leur partenaire dans les 4 derniers mois et la présence passée d’une IST que les hommes n’ayant pas été HSH dans les 12 mois. Au vue des taux élevés de contamination aux IST chez les femmes, en particulier chez les jeunes femmes (majorité des cas de chlamydia, 15% des cas de gonorrhées) et de l’impact des IST sur la fragilisation des muqueuses, alors davantage exposées à une contamination au VIH, faut-il en conclure que l’EFS doit réviser ses critères de manière plus stricte en direction des femmes ? Une telle option n’a jamais été discutée. Alors que les critères édictent les mêmes règles pour tous les HSH, les comportements varient suivant les individus, ce que l’EFS ne prend pas en compte quand il décide sur les homo-bis et autres HSH : si 6,36% des donneurs HSH ayant eu des relations sexuelles dans les 12 derniers mois, donc non compliants, ont eu au moins 2 partenaires dans l’année, 22% de ces HSH furent monopartenaires, 11% n’ont eu qu’une relation sexuelle avec un homme dans l’année. Sur l’ensemble des donneurs de l’étude, 3% avaient déjà eu une relation sexuelle avec un homme avant la révision de critères de l’été 2016 et ont donné leur sang, alors qu’ils en étaient interdits totalement, c’est très au-dessus du pourcentage des HSH sexuellement actifs dans l’année (0,73%) qui ont donné leur sang après la révision. L’utilisation systématique du préservatif comme raison de donner son sang en tant qu’HSH, fait rapporté par 41% des HSH donneurs ayant eu des rapports sexuels dans les 12 mois, donc non abstinents, montre bien l’inadéquation des critères d’exclusion avec les comportements sexuels des gens et les risques qu’ils encourent de manière consciente ou non. Comment justifier une exclusion du don, en imposant une abstinence de 12 mois, sans prendre en considération la question de l’utilisation du préservatif, outil de protection du VIH/sida et des IST, promue par les instances sanitaires et les associations de santé, alors que l’abstinence ne fait plus partie des recommandations parce que sa non observance en vie réelle a été démontrée? Tant que les critères d’exclusion seront à un niveau de dureté au point d’être déconnectés des comportements et des données scientifiques sur les risques de contamination (préservatif, TAsP, PrEP, fenêtre silencieuse des tests de dépistage) et rejetés par les personnes analysant leurs comportements préventifs (une forte proportion travaille dans la santé), il y aura de forts taux de non compliance. A cela s’ajoute le fait que la non compliance existait déjà avant la révision de 2016, que les comportements actuels n’ont pas fait augmenter le risque résiduel de poches contaminées et que ces comportements sont déjà calqués sur les estimations faites par Santé Publique France sur la non compliance en cas de critères basés sur 4 mois d’abstinence (0,56%).
Le contexte d’abstinence imposée à prendre en compte dans les réponses apportées au questionnaire de l’étude Complidon. Alors que les donneurs HSH rapportent des taux non négligeables de non compliance en fonction de certains critères, il leur a été demandé s’ils seraient davantage compliants avec des critères moins drastiques et rapporteraient davantage leurs comportements réels lors des entretiens pré-dons. Le taux de compliance et le niveau de dureté des critères sont inversement proportionnels, ce qui n’est guère étonnant et totalement attendu. Une question n’a pas été posée, celle de leur parole sur leur comportement en contexte d’égalité de critères entre toutE individuE (soit un partenaire dans les 4 mois précédant le don). Cela montre le contexte prégnant où l’abstinence est vue comme la norme actuelle à imposer aux HSH et qui oriente une étude qui pourrait envisager d’autres paramètres. De même, le taux élevé (48%) à la réponse sur la non compliance quel que soit les critères imposés est à mettre en relation avec cet environnement, quand la question ne précise pas si les critères seraient égaux ou non avec les hétéros, si l’abstinence serait toujours la condition, donc vécue ou non comme une discrimination, sentiment fort rapporté par les donneurs HSH sondés (58% ne veulent pas être discriminés sur la base de leur orientation sexuelle). Certains diront qu’il faut faire prendre conscience aux personnes de leurs comportements, de leur aveuglement conscient ou inconscient face à certaines échelles de risques dépendant du milieu dans lequel ilELLEs évoluent et des relations qu’ilELLEs nouent, du besoin à davantage de pédagogie autour de la notion de fenêtre silencieuse des tests de dépistage pour l’infection à VIH. Mais quelles actions sont faites actuellement et l’ont été depuis la réforme des critères de sélection effective à l’été 2016? A-t-on vu des campagnes d’incitation au don explicitant certains critères d’exclusion ou détaillant les comportements préventifs à avoir pour pouvoir se présenter au don sans crainte de se faire refouler? Quelle information est délivrée à l’issue des entretiens faits avant chaque don aux donneurSEs pour qu’ilELLEs maintiennent des comportements adaptés à leur intégration au don du sang? Une plaquette est-elle donnée sur les modes de contamination aux IST? Un planisphère sur les maladies tropicales, les zones à risques et les dynamiques de progression des épidémies est-il affiché et fourni? Un autotest de dépistage ou une ordonnance pour un test en laboratoire est-elle délivrée? Quelles actions rectificatives seront menées pour assurer la confidentialité des questionnaires et surtout des entretiens, alors que les répondants non compliants se plaignent fortement de celle-ci, surtout quand il faut parler de ses pratiques sexuelles ? Sans pédagogie active, pré-pendant-post entretien et don, il n’est pas étonnant que les donneurs, notamment HSH, autoévaluent leurs comportements et ne soient pas compliants à certains critères d’exclusion, surtout quand ceux-ci semblent et sont disproportionnés. C’est pourquoi nous militons : 1/ pour une évaluation basée sur les comportements individuels de la personne se présentant au don, englobant la prise en compte de ses comportements préventifs et des acquis des données scientifiques les plus récentes (notamment le TAsP et la PrEP). 2/ pour l’inclusion des associations dans la rédaction des questions de la prolongation de l’étude Complidon, pour éviter certains manques mis en évidence dans la première étude (recours au dépistage, comportements en fonction du contexte, etc), sur le modèle de co-construction qui avait été faite pour le questionnaire actualisé suite aux modifications des critères en 2016. 3/ pour l’inclusion des associations d’usagèrEs de drogue et de travailleurSES du sexe à la table des discussions avec les autorités concernées, quand les critères d’inclusion se sont resserrés à leur sujet sans qu’elles soient auditionnées auparavant.


Contacts presse :

• Romain Colson, Président des ActupienNEs, 06 51 79 29 58, presidence@leslesactupiennes.fr

• Remy Hamai, Porte-parole des ActupienNEs, 06 45 60 96 52, porte-parole@leslesactupiennes.fr

• Mikaël Zenouda, Responsable du Pôle Prévention, 06 13 50 89 80, coordination@leslesactupiennes.fr

CAPOTE INTERNE

Préservatif interne, qui en parle ?

     Ce week-end, le 16 septembre, c’est la journée internationale du préservatif interne (ou « féminin ») dans le langage grand public) qui avait été lancée en 2012 par la National Female Condom Coalition. Entre les journées du patrimoine et la journée sans voiture à Paris, qui en parlera ? D’ailleurs qui en parle le reste de l’année ? 

     Commercialisé en France depuis 1999 seulement, il ne jouit pas de la renommée du préservatif externe (ou dit masculin). Qui a en tête une campagne grand public de communication étatique sur le préservatif interne? Ce n’est certainement pas Santé Publique France qui changera cette situation, estimant qu’il n’est pas adopté par les femmes en priorité ni par le reste de la population, une campagne spécifique n’a donc pas lieu d’être, maintenant ses distributions gratuites aux associations demandeuses. Ce préservatif restera confiné chez des groupes qui se sont saisis de cet outil de prévention du VIH et des IST et contraceptif et qui l’utilisent de manière efficace, en partageant leurs connaissances de paires à paires, comme c’est le cas pour les travailleuses du sexe et les femmes originaires d’Afrique subsaharienne.

Si ce préservatif est adapté aux corps de tous genres, il a été publicisé en direction des femmes. Dans cette optique, ne pas en parler c’est ne pas voir la féminisation de l’épidémie du VIH/sida, oublier les millions de femmes contaminées et mortes du sida, ne pas prendre en compte le tiers que représentent les femmes parmi les personnes nouvellement diagnostiquées séropositives au VIH en France et les jeunes filles qui représentent une grande part des personnes contaminées par une IST (la majorité pour les chlamydias).  

L’utilisation du préservatif interne demande un temps d’appropriation comme n’importe quel nouvel outil que l’on découvre, une utilisation répétée pour savoir le mettre correctement dans son vagin (avec les doigts) ou son anus (avec les doigts, un gode ou un pénis) et aller au-delà des a priori sur son aspect soi-disant rebutant.
Plus d’informations sur son utilisation : https://www.france.tv/slash/sexy-soucis/463731-mon-copain-ne-veut-pas-mettre-de-preservatif.html. Son prix est un autre frein, non disponible en grande surface, commercialisé en pharmacie, mais pas dans toutes, distribué par deux sociétés qui se partagent le marché ne favorisant donc pas une baisse des prix. 

Pourtant, le préservatif interne est un outil de prévention qui peut être utilisé par touTEs, hommes, femmes, non binaires, trans ou cisgenre, intersexes ou dyadiques, quel que soit ton orientation sexuelle et ta sexualité, protégeant ton vagin et/ou ton anus (en enlevant l’anneau interne amovible pour ce dernier). 

     En polyuréthane puis en nitrile, matières conduisant davantage la chaleur que le latex, hypoallergénique aussi, s’utilisant avec des gels lubrifiants à base d’eau, il offre la possibilité d’être inséré avant le rapport sexuel, même 2h avant, ce qui peut aider dans la fougue à négocier son port avec l’autre partenaire.

Chez les lesbiennes et biEs cis ou entre personnes ayant une vulve, il permet d’utiliser ses doigts, sa main, son gode entre le vagin et l’anus de l’unE des partenaires, en protégeant l’un et l’autre organe d’un échange de muqueuses qui peut être agressif, sans avoir à changer de gants ou de préservatif externe déroulé. 

Chez les homos et bis, il permet d’éviter les réticences à utiliser un préservatif externe, parce que celui-ci serre trop le pénis, n’ayant pas trouvé sur le moment de taille xl ou xxl à disposition chez soi ou dans une backroom, ou parce que l’on peut perdre son érection le temps de sortir et dérouler le préservatif en vue d’une pénétration anale ou vaginale.

Les associations de lutte contre le sida et les IST, de santé en général, de nos communautés LGBTI, féministes, font des actions au plus près de leurs publics, voire des campagnes plus généralistes, diffusons davantage ces outils, ces ateliers, notamment dans les différents centres LGBTQI+ en France, et forçons les pouvoirs publics à nous soutenir financièrement et à agir également par leurs campagnes. 

Alors que nous, ActupienNEs, avons lancé cette semaine le défi #cherchetacapote dans ton lycée, aujourd’hui nous en profitons pour dire #cherchetacapoteinterne !

#cherchetacapote

En cette période de rentrée scolaire, Les ActupienNEs lancent un défi aux LycéenNEs : « cherche ta capote dans ton lycée ! » 

     A l’heure où nous lançons cette campagne, la Secrétaire d’Etat à l’Egalité, Marlène Schiappa et le ministère de l’Education Nationale s’apprêtent à rappeler aux recteurEs l’obligation de faire appliquer la circulaire de 2003 relative à l’éducation à la sexualité dans le cadre scolaire.

Nous profitons de cette actualité pour rappeler l’existence d’une autre circulaire datant de 2006 qui prend appui sur les séances prévues et qui promeut l’accessibilité aux moyens de protection via l’installation de distributeurs de préservatifs dans les lycées d’enseignement général, technologiques et les lycées professionnels. Cependant, « afin que les établissements puissent être dotés de distributeurs, il convient au Comité d’Education à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) de chaque lycée de proposer au conseil d’administration un plan global d’actions de prévention dans lequel l’installation d’un distributeur de préservatifs s’inscrira naturellement. Enfin, il convient au conseil d’administration d’inscrire à l’ordre du jour qui suit la réunion du CESC et que tous les membres du conseil disposent des éléments d’information pertinents démontrant l’urgence d’un renforcement de l’action de prévention à destination des jeunes ». 

Dans certains lycées, lorsque les distributeurs sont les bienvenus, les élèves pourraient avoir la chance de pouvoir faire le plein de préservatifs sauf qu’un certain nombre de distributeurs sont défectueux, cassés ou en rupture d’approvisionnement.

Alors que les recommandations du Conseil National du Sida sont on ne peut plus claires et urgentes, tout comme les objectifs fixés par la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 concernant les jeunes, on ne peut pas oublier que :

– les jeunes de 15 à 24 ans représentent environ 40% des contaminations aux Infections Sexuellement Transmissibles (IST) (VIH, syphilis, gonocoque, chlamydia). (CNS, 2017);

– les jeunes de moins de 25 représentent 11 % des nouvelles contaminations au VIH en 2017 (Santé Publique France);

– En l’espace de 10 ans, les découvertes de séropositivité ont presque triplé chez les jeunes homos, bi et autres HSH de 18 à 24 ans (x 2,7) (InVS, 2015). 

En attendant d’avoir les résultats de l’audit sur la disponibilité des préservatifs dans les lycées franciliens lancé il y a plus de deux ans par la région Ile-de-France, Les ActupienNEs cherchent les capotes dans les lycées !

#CHERCHETACAPOTE GRIS ROSE sans fond bla

Lycéen.NE.s et étudiant.E.s contaminé.E.s, un Sida qui se fiche des économies budgétaires du secteur public

A l’occasion de la journée de grève de la fonction publique, ce mardi 22 mai, Les ActupienNEs interrogent la volonté du gouvernement de répondre à l’urgence des contaminations au VIH et aux IST chez les jeunes. 

Les rapports se succèdent, études épidémiologiques annuelles, enquêtes de terrain et sondages d’opinions, les contaminations sont bien en hausse chez les jeunes : représentant désormais 11% des nouvelles découvertes de séropositivité, avec des IST  (vih, syphilis, gonocoque, et chlamydia) qui se concentrent pour 40% chez les jeunes et les diagnostics de séropositivité qui explosent en l’espace de 10 ans, triplant en nombre chez les jeunes gays et bi de 18 à 24 ans (x 2,7) (InVS). Les idées reçues sur le VIH/sida, la séropositivité et les personnes séropositives continuent à prospérer sur un terrain d’ignorance et de sous-information. 

Face à ce constat, 

Quelles actions sont menées dans les lycées ? La médecine scolaire ne reçoit pas les moyens suffisants pour être efficace. Le nombre de médecins scolaires est en grave recul, tombant à 1000 praticienNEs en 2016, à côté des 8000 infirmièrEs scolaires et ce secteur n’est pas valorisé dans les études de médecine.  Le rôle du médecin n’est pas mis en valeur dans l’organigramme administratif des lycées, sous la houlette des proviseurEs et passant derrière les équipes pédagogiques. Les 3h annuelles de séances d’informations sur la sexualité et la prévention du VIH et des IST, obligatoire dans les textes, mais loin d’être effectuées, ne sont pas intégrées dans le planning annuel des heures de cours des élèves, ce qui induit l’annulation de certains cours pour qu’elles aient eu lieu, provoquant une concurrence entre les professeurs et les médecins et infirmièrEs à l’avantage des premièrEs. 

Ce ne sont pas la DGS (Direction Générale de la Santé) en la personne de son directeur, le Dr Salomon, et le ministère de l’Education nationale, qui augureront un renforcement de la place de la médecine scolaire, faisant fi des rapports du Conseil Economique, Environnemental et Social, de l’Académie de médecine et des syndicats des médecins et infirmièrEs scolaires, puisque souhaitant une prise en main collective par les équipes administratives et pédagogiques sur la base du bénévolat, du volontarisme et de l’effet d’entrainement. 

La ministre de la Santé a annoncé la mise en place pour la rentrée de septembre 2018 d’un service sanitaire dans les lycées réalisé par les étudiantEs en médecine. Quelles formations sur le VIH, les IST, le vécu de la maladie, la prévention, seront faites avant d’envoyer ces étudiantEs auprès des élèves, alors que les connaissances sont déjà déficientes chez les jeunes de moins de 25ans, donc chez ces étudiantEs également ?    

Que dire de l’accès des moyens de prévention dans les établissements ? Si la mise à disposition de distributeurs de préservatifs est obligatoire depuis 2006 (suite à la circulaire relative à l’installation des distributeurs automatiques de préservatifs dans les lycées d’enseignement général et technologique et les lycées professionnels), cela reste assujetti à la volonté des proviseurEs. Sans préconisations du ministère de la santé sur le type de distributeurs, le prix des préservatifs et leurs qualités, chaque lycée fait selon ses envies, ses contraintes budgétaires, les recherches effectuées de sociétés et les négociations effectuées, aboutissant à une inégalité d’accès aux préservatifs entre les lycéenNEs sur tout le territoire. Nous attendons toujours le diagnostic réalisé par la Région Ile-de-France sur l’accessibilité de ces distributeurs qui devait sortir l’année dernière. Quel accès aux préservatifs internes (dit féminins) et aux digues dentaires alors que ces moyens de protection sont chers et peu accessibles, même en pharmacie?  

S’ajoutent à ces distributeurs, présents ou non, les difficultés souvent rencontrées par les médecins et infirmièrEs scolaires pour s’approvisionner en préservatifs et les mettre à disposition dans leurs bureaux. Passant commande auprès de leur ARS (Agence Régionale de Santé), c’est celle-ci qui décide du volume livré en fonction des priorités et des stocks disponibles. Combien de distributions non réalisées pour le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, parce qu’en septembre les stocks sont déjà faibles et les commandes non honorées à la hauteur des besoins ? 

Quelles actions dans les universités, écoles, CFA ?

Si les médias et le mouvement social se concentrent sur les conséquences de la loi ORE quant à l’orientation des étudiantEs, votée en février, leurs débouchés et leur sélection par les universités, symbolisé par Parcoursup, il ne faut pas oublier les conséquences de cette loi sur les dispositifs de santé auprès des étudiantEs. 

En effet, la loi ORE consacre la fin des mutuelles étudiantes en intégrant ce public au régime général de la sécurité sociale. Si le constat était partagé d’un dispositif grippé à remanier, leur disparition pure et simple pose des questions sur l’avenir des opérations de prévention qu’elles réalisaient auprès du public étudiant. La contribution de chaque étudiantE passe de 217 € annuels pour la sécurité sociale étudiante à 90 € pour un forfait couvrant les frais d’actions de l’université en faveur de l’accompagnement sociale, sanitaire, culturel et sportif. Le budget alloué à la santé et à la prévention était déjà insuffisant avec les 217 € : les S(I)UMPPS (Service Interuniversitaire de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé) sont contraints dans l’ampleur désirée de leurs actions de prévention, eu égard aux moyens alloués par chaque université, personnels en nombre insuffisant (temps plein et temps partiel), actions de dépistage sporadique par rapport aux besoin (7 séances en un an pour 75000 étudiantes pour un des S(I)UMPPS parisiens). Que deviendra ce budget en action de santé avec une contribution annuelle réduite de moitié et un élargissement de ses affectations, alors que même le rapporteur de la loi estimait ce montant de 90 € insuffisant ? 

Depuis 2017, les étudiantEs boursièrEs Franciliennes peuvent bénéficier d’une aide à la complémentaire santé réhaussée à 200 euros au lieu de 100 comme c’était le cas auparavant.

Sauf que cette aide du Conseil Régional est versée à condition que les ditEs étudiantEs s’affilient à l’opérateur Harmonie Mutuelle, opérateur qui a remporté l’appel à manifestation d’intérêt lancé par la région Ile-de-France par l’entremise de sa présidente, Mme Pécresse. Il importe de préciser qu’Harmonie Mutuelle ne propose pas d’offre de remboursement liée aux préoccupations spécifiques des étudiantEs et n’initie pas d’actions de proximité notamment en terme de prévention IST et VIH/sida. Ces modifications de délivrance de cette aide ne fait actuellement pas l’objet d’informations auprès des lycéenNEs et étudiantEs boursièrEs, pas même une mention dans le guide de l’étudiantE 2018 de manière à ce qu’ils elles puissent se repérer dans les démarches à effectuer une fois entrées à l’université.

Au vue de la précarité des conditions de vie étudiantes, plusieurs voix s’élèvent dont un rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) pour mettre en œuvre dès à présent le tiers payant pour cette population, alors que l’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait décidé de suspendre son application généralisée, comme voulue initialement par Marisol Touraine, et émet maintenant l’hypothèse de la fin 2019 pour sa généralisation effective. Il est plus que temps que les étudiantEs aient accès à cette mesure de simplification de l’accès aux soins, notamment aux tests de dépistages des différentes IST. 

Suite à nos alertes auprès du ministère de l’enseignement supérieur, des rectorats, des secrétariats de lycées, des syndicats de personnels du secondaire et de l’enseignement supérieur, Les actupienNEs revendiquent : 

Pour les lycéenNEs:

– Des moyens réels donnés à la médecine et à l’infirmerie scolaire : la création de poste, un rôle et champ de compétences clarifiés au sein des établissements;

– une formation sur le VIH et les IST fournie à touTEs les étudiantEs effectuant un service sanitaire dans les lycées;

– la mise en place de distributeurs de préservatifs dans les lycées, sans oublier les préservatifs internes et les digues dentaires;

– le respect par les ARS des besoins des lycées en préservatifs;

– des préconisations du Ministère de la Santé et de Santé Publique France sur le type de distributeurs à commander;

– l’intégration des heures obligatoires d’informations sur la sexualité et la prévention sur le VIH et les IST dans le calendrier annuel des élèves.

Pour les étudiantEs et futurEs étudiantEs:

– l’information à touTES les (futurEs) étudiantEs boursièrES des conditions d’attribution de l’aide à la complémentaire santé de la Région Ile de France, sous condition de souscription unique à Harmonie Mutuelle, par le biais des lycées et des CROUS notamment;

– l’information à touTES les (futurEs) étudiantEs des changements induits par la loi ORE sur leur régime de sécurité sociale et les complémentaires santé;

–  la garantie de la mise en œuvre d’une réelle politique de prévention sur les campus auprès des étudiantEs par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, prenant en compte la diversité des publics, des sexualités, des contextes sociaux d’exposition aux risques, et adaptant en conséquence les modes d’intervention;

–  des moyens supplémentaires pour les S(I)UMPPS données par les universités pour réaliser leurs missions et organiser des interventions collectives sur la santé sexuelle et la prévention des IST. Ainsi qu’une extension budgétaire pour embaucher plus d’Etudiants Relais Santé chargéEs d’entreprendre des actions de prévention sur les campus en lien avec les S(I)UMPPS;

– la mise en œuvre du tiers-payant intégral pour toutEs les étudiantEs, public prioritaire comme peut l’autoriser l’Etat.

1  http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2017/10/Rapport-m%C3%A9decine-scolaire-rapport-r%C3%A9vis%C3%A9-version-12-10-2017-1.pdf

2  Préconisation n°13 de l’avis du CESE http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2018/2018_05_eleves_sante.pdf

3  http://www.education.gouv.fr/bo/2006/46/MENE0603070C.htm