Les données scientifiques du don du sang parlent, l’égalité de traitement des homos avec les hétéros face à la volonté politique

Les données scientifiques du don du sang parlent : l’égalité de traitement des homos avec les hétéros n’est qu’une question de volonté politiqueAu terme du questionnaire lancé entre septembre et décembre 2017, qui a recueilli un nombre exceptionnel de réponses valides (50000 femmes, 52000 hommes qui n’ont pas eu de rapport sexuels avec d’autres hommes dans l’année, 251 hommes ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes dans l’année), l’étude Complidon de Santé Publique France a rendu un tableau positif en terme de sécurité du don suite à la modification des critères d’ajournement du don du sang aux homos-bisexuels à l’été 2016 (http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Maladies-infectieuses/2018/Bilan-sur-le-respect-des-criteres-de-selection-des-donneurs-de-sang-deux-ans-apres-leur-modification). Si des lots ont été identifiés contenant du VIH, leur nombre n’augmente pas suite à cette révision, elle concerne les mêmes publics, les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels ou ayant des pratiques sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Parmi eux, les homos identifiés comme séropositifs étaient à des stades précoces, de moins de 6 mois après la contamination, en même proportion avant et après la révision. Nous nous interrogeons cependant sur le lien entre la femme dépistée séropositive et le fait qu’elle soit en couple avec un homme bi, comme raison implicite de son statut sérologique. Cet homme bi est-il réellement séropositif, à quel stade de l’infection et à quel niveau de charge virale? Sans ces données apportées, tout lien entre la contamination de cette femme et la relation entretenue avec cet homme n’est qu’hautement hypothétique, basé uniquement sur du déclaratif et de la présomption, source de raccourcis biphobes une fois publié et diffusé (déjà recensés dans l’enquête interassociative sur la bisexualité de 2012). A partir de ces données et du calcul de l’incidence au VIH chez les HSH, il a été possible de calculer le risque résiduel de cette révision sur le nombre de poches récoltées contaminées. S’il était de 1/600000 avant 2016, il a été calculé de 1/520000 sur la période 2015-2017, donc une différence trop faible pour estimer un surrisque, selon santé publique France. Il faut préciser, de surcroit, que sur la période juillet 2016 – décembre 2017, soit après la révision, le risque est de 1/640000 soit le niveau d’avant révision.
Le comportement des donneurs ayant répondu et en particulier celui des donneurs HSH est-il un frein à une révision tendant vers une égalité de traitement avec les hétéros? Le deuxième apport fondamental de l’enquête Complidon est de questionner le comportement des donneurSEs, son adéquation avec les normes édictées de sécurité au don du sang et les raisons d’un non-respect de celles-ci (la non compliance). En se penchant sur les domaines où les donneurSEs n’ont pas dit la vérité dans le questionnaire et lors de l’entretien, les questions du multipartenariat du ou de la répondante et de celle de son partenaire, de l’utilisation du préservatif et d’une infection récente à une IST sont intéressantes à analyser et à comparer entre les différents groupes populationnels. Il apparait en effet que les femmes et les HSH ayant eu des rapports sexuels dans les 12 derniers mois cachent davantage les informations sur leur multipartenariat et celui de leur partenaire dans les 4 derniers mois et la présence passée d’une IST que les hommes n’ayant pas été HSH dans les 12 mois. Au vue des taux élevés de contamination aux IST chez les femmes, en particulier chez les jeunes femmes (majorité des cas de chlamydia, 15% des cas de gonorrhées) et de l’impact des IST sur la fragilisation des muqueuses, alors davantage exposées à une contamination au VIH, faut-il en conclure que l’EFS doit réviser ses critères de manière plus stricte en direction des femmes ? Une telle option n’a jamais été discutée. Alors que les critères édictent les mêmes règles pour tous les HSH, les comportements varient suivant les individus, ce que l’EFS ne prend pas en compte quand il décide sur les homo-bis et autres HSH : si 6,36% des donneurs HSH ayant eu des relations sexuelles dans les 12 derniers mois, donc non compliants, ont eu au moins 2 partenaires dans l’année, 22% de ces HSH furent monopartenaires, 11% n’ont eu qu’une relation sexuelle avec un homme dans l’année. Sur l’ensemble des donneurs de l’étude, 3% avaient déjà eu une relation sexuelle avec un homme avant la révision de critères de l’été 2016 et ont donné leur sang, alors qu’ils en étaient interdits totalement, c’est très au-dessus du pourcentage des HSH sexuellement actifs dans l’année (0,73%) qui ont donné leur sang après la révision. L’utilisation systématique du préservatif comme raison de donner son sang en tant qu’HSH, fait rapporté par 41% des HSH donneurs ayant eu des rapports sexuels dans les 12 mois, donc non abstinents, montre bien l’inadéquation des critères d’exclusion avec les comportements sexuels des gens et les risques qu’ils encourent de manière consciente ou non. Comment justifier une exclusion du don, en imposant une abstinence de 12 mois, sans prendre en considération la question de l’utilisation du préservatif, outil de protection du VIH/sida et des IST, promue par les instances sanitaires et les associations de santé, alors que l’abstinence ne fait plus partie des recommandations parce que sa non observance en vie réelle a été démontrée? Tant que les critères d’exclusion seront à un niveau de dureté au point d’être déconnectés des comportements et des données scientifiques sur les risques de contamination (préservatif, TAsP, PrEP, fenêtre silencieuse des tests de dépistage) et rejetés par les personnes analysant leurs comportements préventifs (une forte proportion travaille dans la santé), il y aura de forts taux de non compliance. A cela s’ajoute le fait que la non compliance existait déjà avant la révision de 2016, que les comportements actuels n’ont pas fait augmenter le risque résiduel de poches contaminées et que ces comportements sont déjà calqués sur les estimations faites par Santé Publique France sur la non compliance en cas de critères basés sur 4 mois d’abstinence (0,56%).
Le contexte d’abstinence imposée à prendre en compte dans les réponses apportées au questionnaire de l’étude Complidon. Alors que les donneurs HSH rapportent des taux non négligeables de non compliance en fonction de certains critères, il leur a été demandé s’ils seraient davantage compliants avec des critères moins drastiques et rapporteraient davantage leurs comportements réels lors des entretiens pré-dons. Le taux de compliance et le niveau de dureté des critères sont inversement proportionnels, ce qui n’est guère étonnant et totalement attendu. Une question n’a pas été posée, celle de leur parole sur leur comportement en contexte d’égalité de critères entre toutE individuE (soit un partenaire dans les 4 mois précédant le don). Cela montre le contexte prégnant où l’abstinence est vue comme la norme actuelle à imposer aux HSH et qui oriente une étude qui pourrait envisager d’autres paramètres. De même, le taux élevé (48%) à la réponse sur la non compliance quel que soit les critères imposés est à mettre en relation avec cet environnement, quand la question ne précise pas si les critères seraient égaux ou non avec les hétéros, si l’abstinence serait toujours la condition, donc vécue ou non comme une discrimination, sentiment fort rapporté par les donneurs HSH sondés (58% ne veulent pas être discriminés sur la base de leur orientation sexuelle). Certains diront qu’il faut faire prendre conscience aux personnes de leurs comportements, de leur aveuglement conscient ou inconscient face à certaines échelles de risques dépendant du milieu dans lequel ilELLEs évoluent et des relations qu’ilELLEs nouent, du besoin à davantage de pédagogie autour de la notion de fenêtre silencieuse des tests de dépistage pour l’infection à VIH. Mais quelles actions sont faites actuellement et l’ont été depuis la réforme des critères de sélection effective à l’été 2016? A-t-on vu des campagnes d’incitation au don explicitant certains critères d’exclusion ou détaillant les comportements préventifs à avoir pour pouvoir se présenter au don sans crainte de se faire refouler? Quelle information est délivrée à l’issue des entretiens faits avant chaque don aux donneurSEs pour qu’ilELLEs maintiennent des comportements adaptés à leur intégration au don du sang? Une plaquette est-elle donnée sur les modes de contamination aux IST? Un planisphère sur les maladies tropicales, les zones à risques et les dynamiques de progression des épidémies est-il affiché et fourni? Un autotest de dépistage ou une ordonnance pour un test en laboratoire est-elle délivrée? Quelles actions rectificatives seront menées pour assurer la confidentialité des questionnaires et surtout des entretiens, alors que les répondants non compliants se plaignent fortement de celle-ci, surtout quand il faut parler de ses pratiques sexuelles ? Sans pédagogie active, pré-pendant-post entretien et don, il n’est pas étonnant que les donneurs, notamment HSH, autoévaluent leurs comportements et ne soient pas compliants à certains critères d’exclusion, surtout quand ceux-ci semblent et sont disproportionnés. C’est pourquoi nous militons : 1/ pour une évaluation basée sur les comportements individuels de la personne se présentant au don, englobant la prise en compte de ses comportements préventifs et des acquis des données scientifiques les plus récentes (notamment le TAsP et la PrEP). 2/ pour l’inclusion des associations dans la rédaction des questions de la prolongation de l’étude Complidon, pour éviter certains manques mis en évidence dans la première étude (recours au dépistage, comportements en fonction du contexte, etc), sur le modèle de co-construction qui avait été faite pour le questionnaire actualisé suite aux modifications des critères en 2016. 3/ pour l’inclusion des associations d’usagèrEs de drogue et de travailleurSES du sexe à la table des discussions avec les autorités concernées, quand les critères d’inclusion se sont resserrés à leur sujet sans qu’elles soient auditionnées auparavant.


Contacts presse :

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• Remy Hamai, Porte-parole des ActupienNEs, 06 45 60 96 52, porte-parole@leslesactupiennes.fr

• Mikaël Zenouda, Responsable du Pôle Prévention, 06 13 50 89 80, coordination@leslesactupiennes.fr