EDIMARK.TV la chaine de la pathologie

14/06/2016 


 L’arrivée des trithérapies en 1996 a révolutionné le traitement de l’infection à VIH. Quelques années plus tard, on a tenté d’alléger le traitement (induction / maintenance)… mais l’échec a été cuisant ! Pourquoi ? Probablement du fait d’un allégement thérapeutique trop précoce, de médicaments antirétroviraux peu puissants et d’une mesure de la charge virale inadéquate.   
Il aura fallu attendre près de 20 ans pour démontrer – dans tous les essais – l’efficacité (non-infériorité sur le bras trithérapie maintenue) de la bithérapie (IP boosté + 3TC).

https://www.edimark.tv/index/chaine/thematique/vih

 

LES ANTIRETOVIRAUX

Après la découverte que la zidovudine avait un effet sur une des phases de la réplication du virus à la fin des années 80, il a fallu attendre 1996 pour que l’utilisation de traitements combinés triples permette une spectaculaire réduction de la morbidité et de la mortalité liées au VIH. Les molécules aujourd’hui disponibles sont à la fois efficaces, simples à observer et bien tolérées. La tolérance est l’enjeu majeur, puisqu’il s’agit de traitements destinés à être maintenus définitivement.

Il existe aujourd’hui six classes thérapeutiques définies par leur mécanisme d’action:

  • inhibition d’une enzyme virale
    • inhibiteurs de la transcriptase inverse (INTI):ils agissent en bloquant l’action de la transcriptase inverse, enzyme des rétrovirus permettant la rétrotranscription du brin d’ARN vial en ADN proviral, avant l’intégration de ce dernier au génome de la cellule-hôte. Cette catégorie est divisée en deux familles:
      • inhibiteurs nucléostidiques de la transcriptase inverse (INTI)
      • inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptases (INNTI)
    • inhibiteurs d’intégrase (INI): l’intégrase permet en deux étapes l’intégration de l’ADN VIH dans le génome de la cellule qu’il infecte
    • inhibiteurs de la protéase (IP) empêchant la formation des protéines finales du VIH, étape clé dela maturation du virus
  • blocage d’un récepteur du VIH situé sur la membrane plasmique de la cellule hôte: 
    • inhibiteurs d’entrée
    • inhibiteurs du corécepteur CCR 5

Inhibiteurs nucléosidiques et nucléotidiques de la transcriptase inverse

Caractéristiques de la classe thérapeutique

Les INTI agissent sur les VIH 1 et 2. Selon les molécules, il permettent la réduction de la charge virale plasmatique de 0.5 à 1 log copies par ml. .

Leur barrière génétique à la résistance est faible pour la lamivudine et l’emtricitabine, intermédiaire pour les autres produits de la classe (tenofovir, abacavir, zidovudine).

Les interactions médicamenteuses sont peu fréquentes pour cette classe.

Les effets indésirables les plus fréquents pour cette classe sont liés à la toxicité mitochondriale, car ces produits ne sont pas parfaitement spécifiques de la transcriptase inverse du VIH: ils sont aussi substrats de l’ADN polymérase gamma des mitochondries. L’insuffisance de production d’ADN par les mitochondries conduit à une chaîne respiratoire défectueuse et à l’orientation du métabolisme mitochondrial vers le mode anaérobie. Les conséquences cliniques sont les suivantes: 

  • syndrome de lipoatrophie
  • neuropathie périphérique
  • pancréatite
  • atteinte hématologique: anémie, leucopénie, thrombopénie.

Les molécules de cette classe les plus délétères pour la mitochondrie ne sont plus utilisées pour cette raison (stavudine et didanosine)

Tenofovir (VIREAD) 

Cet analogue nucléotidique est actif sur VIH 1 VIH 2 ET VHB. Il est un choix préférentiel dans la classe des INTI et une molécule de premier choix en cas de coinfection VIH -VHB.

Sa demi-vie d’élimination intra cellulaire, de plus de 50 heures, permet une prise unique quotidienne

L’élimination se fait par voie rénale. Une adaptation posologique est nécessaire en cas d’insuffisance rénale

Le produit passe mal la barrière hémato-encéphalique.

Il y a peu d’intéractions médicamenteuses, toutefois la coprescription tenofovir-atazanavir impose d’utiliser du ritonavir (100mg) pour éviter les concentrations plasmatiques trop faibles d’atazanavir.

Le tenofovir est disponible:

  • en monothérapie sous le nom de VIREAD 300mg: un comprimé par jour
  • en combinaison avec l’emtricitabine TRUVADA 200/245: un comprimé par jour
  • et en combinaison triple avec l’emtricitabine et l’efavirenz ATRIPLA 600/200/245: un comprimé par jour

L’insuffisance rénale impose une adaptation posologique.

Le tenofovir est globalement bien toléré, il faut connaître et rechercher: 

  • la néphrotoxicité: risque de syndrome de Fanconi et d’insuffisance rénale
  • le risque osseux: diminution de la densité minérale osseuse à partir de l’âge de 50ans, sans doute par perte tubulaire de phosphate

Deux mutations induisent des hauts niveaux de résistance au tenofovir: K65R et T69S. Une résistance peut être aussi observée en cas d’accumulation de mutations de résistance mineures.

Abacavir (ZIAGEN)

Cet analogue nucléosidique fait partie des INIT recommandés en première ligne de traitement ARV, sauf en cas de charge virale pré-thérapeutique supérieure à 100.000 copies par ml

Sa longue demi-vie d’élimination intracellulaire autorise une prise unique quotidienne. Le métabolisme est essentiellement hépatique et la diffusion hémato-encéphalique bonne.

Le produit est disponible:

  • seul ZIAGEN 300mg administré à la posologie d’un comprimé matin et soir, ou deux compirmés en une prise
  • en association avec la lamivudine : KIVEXA 600/300 un comprimé par jour
  • en association à la lamivudine et la zidovudine (TRIZIVIR 300/150/300) un comprimé matin et soir

Le produit est utilisable en cas d’insuffisance rénale, ou de dialyse, sans adaptation posologique. Il est contre-indiqué en cas d’insuffisance hépato cellulaire

Le risque de syndrome d’hypersensibilité (associant malaise général, fièvre, myalgies, troubles digestifs, exanthème, toux, pharyngite), qui touchait 5% des sujets et imposait l’arrêt définitif du produit a été éliminé par la détection des porteurs de l’allèle HLA B 5701, dont la recherche s’impose avant tout traitement par ce produit.

L’abacavir a peu d’effets mitochondriaux.

Il n’existe pas de mutation de résistance conférant à elle seule une résistance à l’abacavir: la résistance résulte d’une accumulation de mutations mineures.

Lamivudine EPIVIR

Cet analogue nucléosidique est actif sur le VIH 1, le VIH 2 et le VHB. C’est donc une molécule de premier choix dans le traitement de la co-infection VIH 1-VHB. Très proche de l’emtricitabine, il est largement utilisé en association avec le tenofovir et l’abacavir.

La demi-vie d’élimination intra cellulaire, de 10 à 15 heures, permet une prise unique quotidienne.

L’élimination se fait par voie rénale, la diffusion dans le LCR est médiocre.

Le produit interagit peu.

Le produit est disponible:

  • seul: EPIVIR 150 (deux par jour en une seule prise) et EPIVIR 300 (un par jour)
  • en association avec l’abacavir (KIVEXA 300/600) un comprimé par jour
  • en association avec la zidovudine (COMBIVIR 150/300 un comprimé matin et soir)
  • en association avec l’abacavir et la zidovudine (TRIZIVIR 300/150/300 un comprimé matin et soir)

La lamivudine est bien tolérée, faiblement pourvoyeuse de toxicité mitochondriale. 

Il faut savoir qu’en cas de co-infection VIH-VHB, l’arrêt de cette molécule peut entraîner un effet rebond de l’ADN VHB avec hépatite B aiguë gravissime. Lors d’une décision d’arrêt de cette molécule, un remplacement par une autre molécule active sur le VHB doit être envisagé.

Emtricitabine EMTRIVA

Ce produit est très proche de la lamivudine, et tout ce qui a été dit plus haut à son propos s’applique à cette molécule, et notamment les précautions en cas d’arrêt du traitement chez une personne coinfectée par VIH-VHB. 

Le produit est disponible:

  • seul sous le nom de EMTRIVA 200: un comprimé par jour
  • associé au ténofovir sous le nom de TRUVADA 300/200: un comprimé par jour
  • associé au ténofovir et à l’efavirenz sous le nom d’ATRIPLA 200/300/600: un comprimé par jour
  • associé au ténofovir et à la rilpivirine sous le nom d’EVIPLERA: un comprimé par jour
Zidovudine RETROVIR

Ce produit, maintenant très ancien, a une toxicité mitochondriale significative mais reste très utilisé dans le monde en raison de son coût modeste.

Sa demi vie courte (4 à 6 heures) ne permet pas la prise unique quotidienne.

Il ne doit pas être associé à la ribavirine en raison d’une additivité des toxicités hématotologiques.

La zidovudine passe très bien la barrière hémato-encéphalique.

Le produit est disponible:

  • seul sous le nom de RETROVIR (gélules à 100 ou 200 mg, comprimés à 300 mg): 600 par jour, en deux prises
  • associé à la lamivudine sous le nom de COMBIVIR 300/150: un comprimé matin et soir
  • associé à lalamivudine et à l’abacavir sous le nom de TRIZIVIR 300/150/300: un comprimé matin et soir

Seul ou associé, la zidovudine n’est plus recommandée en première intention en France, en raison de sa toxicité.

Effets secondaires précoces:

  • anémie macrocytaire,
  • neutropénie
  • céphalées
  • nausées
  • asthénie
  • diarrhée

Effets secondaires à moyen et long terme liés à la toxicité mitochondriale:

  • lipodystrophie,
  • myalgies, voir myopathie
  • neuropathie
  • cardiomyopathie
  • acidose lactique
Didanosine VIDEX et stavudine ZERIT

Ces produit ne sont quasiment plus utilisés du fait d’une trop grande toxicité mitochondriale, à l’origine de pancréatites et de neuropathies périphériques.

Inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI)

Caractéristiques de la classe thérapeutique

Ces médicaments sont des inhibiteurs puissants et spécifiques de la transcriptase du VIH. Ils sont INACTIFS sur le VIH 2 et les VIH 1 du groupe O. Ils agissent en se fixant sur un site hydrophobe à proximité du site catalytique de l’enzyme, induisant une déformation de ce dernier, qui altère sa capacité à synthétiser l’ADN. 

Ce sont des antirétroviraux très puissants, entraînant des réductions de charge virale de 1 à 1.5 log copies par ml., mais leur barrière génétique est basse, induisant la sélection rapide de mutants résistants en cas de réplication persistante sous INNTI. A noter que l’étravirine a une barrière génétique plus élevée que les trois autres molécules de cette classe.

Du fait d’un métabolisme impliquant le cytochrome p 450, ces molécules sont impliquées dans des interactions médicamenteuses significatives.

Les INNTI de première génération (nevirapine, efavirenz) induisent des effets secondaires précoces, hépatiques pour la névirapine, neuropsychiatriques et métaboliques pour l’efavirenz. Les INNTI de seconde génération (etravirine et rilpivirine) sont mieux tolérés. Ces produits n’ont pas de toxicité mitochondriale

Névirapine VIRAMUNE

Elle n’est plus recommandée en France en première intention en raison de sa toxicité initiale cutanée et hépatique.

Elle auto induit son métabolisme auprès du cytochrome p 450, justifiant une augmentation de doses après deux semaines de traitement. Le métabolisme est principalement hépatique.

Les interactions avec la rifampicine et le fluconazole sont déconseillées.

Le produit diffuse bien dans le LCR et passe bien la barrière hématoplacentaire.

En France le produit n’est disponible que non associé, en comprimés à 200 mg. La posologie est de 200mg par jour les 14 premiers jours puis 200mg deux fois par jour ensuite. Aucune adaptation n’est nécessaire en cas d’insuffisance rénale.

Effets secondaires spécifiques:

  • exanthème : il survient dans 20% des cas, en général dans les six premières semaines de traitement. La plupart du temps il s’agit d’éruptions bénignes s’estompant rapidement malgré la poursuite du traitement, mais des atteintes cutanées sévères sont possibles (DRESS syndrome, syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell)
  • hépatites cytolytiques: parfois fulminates, elles surviennent au cours des six premières semaines de traitement. Ce risque est plus important lorsque les CD4 sont élevés, et le choix de cette molécule est réservé aux femmes ayant moins de 250 CD4 et aux hommes ayant moins de 400 CD4
  • Le produit toit être interrompu en cas de manifestation générale d’hypersensibilité (fièvre, malaise général)
  • La tolérance métabolique et notamment lipidique est excellente

L’utilisation de ce produit impose une surveillance cutanée et hépatique très serrée en début de traitement. Les transaminases doivent être surveillées tous les 14 jours pendant les deux premiers mois, au troisième mois, puis deux fois par an.

Une réplication persistante sous névirapine entraîne rapidement des mutations de résistance de haut niveau croisées avec l’efavirenz et la rilpivirine.

Evavirenz SUSTIVA

Le produit a une longue demi-vie (plus de 50 heures), permettant une prise unique quotidienne. Son métabolisme est hépatique, via le système du cytochrome p450. Des interactions médicamenteuses sont possibles avec les produits partageant ce type de métabolisme.

Sa diffusion hémato-encéphalique est intermédiaire

Le produit est disponible:

  • seul sous le nom de SUSTIVA 600: un comprimé le soir
  • combiné au tenofovir et à l’emtricitabine: ATRIPLA 600/200/245: un comprimé par jour

Effets secondaires spécifiques:

  • troubles du sommeil (rêves, cauchemars, insomnie ou hypersomine)
  • sensation d’ébriété, vertiges
  • troubles de la concentration
  • hallucinations parfois
  • les effets secondaires neuropsychiques ci-dessus surviennent chez une majorité de patients, mais s’estompent en 8 à 10 jours. Le patient doit être prévenu, et le traitement ne doit être interrompu que s’ils persistent plus d’un mois
  • à plus long terme, un syndrome dépressif est possible
  • les exanthèmes sont fréquents, le plus souvent bénins et transitoires, n’imposant pas l’arrêt du traitement
  • les hépatites sont en règle générale plus rares et moins graves que sous nevirapine
  • dyslipidémie: élévation des taux plasmatiques du CT, du LDL, du HDL et des TG
  • tératogénicité: anomalies de la fermeture du tube neural, le produit est contre indiqué pendant la grossesse
Etravirine INTELENCE

Premier INNTI de deuxième génération, il est mieux toléré que l’efavirenz ou la névirapine.

L’absorption digestive est bonne, majorée par la prise alimentaire, la demi vie est longue (plus de 30 heures), le produit est métabolisé par le système du cytochrome p450.

Le produit est disponible:

  • seul, en comprimés à 100 et 200 mg, à la posologie de 400mg en une prise par jour.

Effets secondaires spécifiques:

  • exanthème modéré imposant rarement l’arrêt du traitement
  • pas d’intolérance cutanée croisée avec la névirapine ou l’efavirenz
  • bonne tolérance neuropsychiatrique et métabolique: le produit est recommandé en cas de troubles cardiovasculaires ou lipidiques
  • hépatites cytolytiques décrites chez des patients coinfectés VIH-VHB ou VIH -VHC
Rilpivirine EDURANT

C’est le second des INNTI de seconde génération. Son absorption orale est bonne, majorée par la prise d’un repas. Le produit est métabolisé par le cytochrome p450, à l’origine d’interactions médicamenteuses. 

la prise d’inhibiteur de la pompe à protons ou d’antihistaminiques H2 entraîne une baisse importante des concentrations plasmatiques de rilpivirine et doit être décalée d’au moins 12 heures par rapport à la rilpivirine

Le produit est disponible:

  • seul sous le nom d’EDURANT 25mg, un comprimé par jour
  • en association avec le ténofovir et l’emtricitabine sous le nom d’EVIPLERA 200/25/245 un comprimé par jour

Effets secondaires spécifiques

  • Le produit est encore récent, et ses effets indésirables peut-être pas tous décrits.
  • dans les essais de phase 3, la toxicité paraissait moindre que celle de l’efavirenz (notamment au plan psychiatrique et cutané)
  • aux doses de 50 et 75 mg (donc supérieures à la posologie recommandée), un allongement de l’espace QT a été noté

Inhibiteurs de protéase

Ils agissent au niveau du processus d’assemblage des protéines virales nouvellement synthétisées. Ce sont de puissante antirétroviraux actifs sur VIH 1 et VIH 2,induisant une réduction de charge virale plasmatique de l’ordre de 1.5 à 2 log copies par ml.

Les IP sont métabolisés par les enzymes du cyt p 450, en particulier CYP3A4, dont ils peuvent être inducteurs ou inhibiteurs: il en résulte de fréquentes interactions médicamenteuses avec les autres antirétroviraux, et avec d’autres classes. L’effet inhibiteur très puissant du ritonavir sur le CYP3A4 est mis à profit pour améliorer la biodisponibilité de la plupart des IP: une faible dose (100mg) de ritonavir qui accompagne la prise d’un IP permet d’augmenter la concentration plasmatique de celui-ci et donc de diminuer les doses de l’IP administré, et même son nombre de prises journalières: on parle d’IP « boosté » par le ritonavir.

Ces produits ont une barrière génétique à la résistance élevée: il faut plusieurs mutations successives pour impacter significativement l’efficacité d’un IP.

Tous les IP ont un certain nombre d’effets secondaires communs, assez fréquents:

  • digestifs: ballonnement, diarrhée, inconfort digestif
  • troubles métaboliques: hypercholestérolémie, hypertriglycéridémie, intolérance au glucose, parfois diabète
  • augmentation du risque cardiovasculaire, proportionnelle à la durée d’utilisation des IP, et indépendamment de l’impact lipidique
  • modifications de la répartition des graisses: lipohypertrophie sous-mentonnière, cervicodorsale, des seins, périviscérale intra-abdominale
Atazanavir (REYATAZ)

Très utilisé car disponible en une prise par jour, utilisable boosté ou non par le ritonavir, et disposant d’un profil métabolique moins défavorable que les IP de première génération.

Sa demi-vie d’élimination de 6.5 heures permet l’administration en une fois par jour. La coadministration de 100 mg de ritonavir et de 300 mg d’atazanavir permet d’obtenir une concentration minimale près de 7 fois supérieure à celle obtenue sans ritonavir. Il pénètre mal le LCR. Sa concentration est diminuée en association avec le ténofovir (mais non significativement si l’atazanavir est associé avec le ritonavir) et par les IPP

Le produit est disponible sous forme de gélules à 150, 200 et 300mg. La dose recommandée est de 300mg en une prise par jour associée à 100 mg de ritonavir

Ses principaux effets secondaires sont:

  • l’hyperbilirubinémie libre (bénigne) parfois associée à un ictère. L’hyperbilirubinémie doit faire contrôler la concentration plasmatique de la molécule
  • des troubles lipidiques plutôt plus discrets qu’avec les autres IP
Darunavir PREZISTA

Molécule non peptidique, conçue spécialement pour contourner les résistances aux IP couramment utilisées jusqu’alors. Le produit reste actif sur des souches virales multirésistantes aux autres IP.

Le produit a une disponibilité de 82% en association avec le ritonavir. La biodisponibilité est augmentée par les repas. La demi-vie d’élimination de 15 heures permet l’administration uniquotidienne.

Le produit a une bonne pénétration dans le LCR

Il est disponible:

  • seul, sous le nom de PREZISTA comprimés dosés à 400 et 600 mg

La posologie est de:

  • 800mg (deux comprimés à 400) une fois par jour, en association avec ritonavir 100 mg chez des patients naïfs de tout traitement ARV
  • 600 mg, deux fois par jour, en association avec ritonavir 100mg, chez les patients prétraités

La prudence est recommandée en cas d’insuffisance hépatique, aucune adaptation de dose n’est nécessaire en cas d’insuffisance rénale modérée.

Les effets secondaires sont ceux de la classe.

Saquinavir INVIRASE

Premier IP commercialisé en 1995, il est peu utilisé aujourd’hui malgré un excellent profil métabolique. Il est disponible sous forme d’INVIRASE 500 mg, la posologie est de 2 comprimés, deux fois par jour, associés au ritonavir (100mg deux fois par jour). Les effets secondaires sont ceux de la classe.

Lopinavir/ritonavir (KALETRA)

C’est l’IP le plus administré dans le monde, bien qu’il appartienne à la première génération d’IP. Il est coadministré avec le ritonavir dans une même gélule

Le lopinavir est rapidement absorbé, sa demi-vie est de cinq à six heures, sa diffusion dans le LCR est bonne.

Il se présente en comprimés titrant 200 mg de lopinavir et 50 mg de ritonavir. La posologie est de deux comprimés deux fois par jour, soit 800 mg par jour, ou d’une prise quotidienne de 800 mg (quatre comprimés). Le traitement doit être pris aucours d’un repas. 

Les effets secondaires sont ceux de la classe.

Fosamprenavir TELZIR

Moins utilisé actuellement, il a une efficacité et une tolérance comparables à celles du lopinavir.

La demi-vie est de 7 à 10 heures, le produit pénètre mal dans le LCR.

Il se présente sous forme de comprimés à 700 mg. La posologie est d’un comprimé matin et soir associé à 100mg de ritonavir matin et soir.

Parmi les effets secondaires, outre les effets de classe, on note la possibilité d’éruptions cutanées, de paresthésies buccales, et d’hémorragies chez les hémophiles.

Indinavir CRIXIVAN

Ce médicament n’est plus utilisé, en raison de ses effets secondaires: lipoatrophie, lithiases rénales, néphrites interstitielles, anémie hémolytiques, ongles incarnés, sécheresse de la peau.

Tipranavir APTIVUS

IP non peptidique très sélectif de la protéase du VIH. Il est indiqué uniquement en cas d’échec virologique. 

Il est disponible sous forme de capsules molles à 250 mg et s’utilise à la dose de 2 capsules matin et soir, chacune accompagnée de DEUX comprimés à 100mg de ritonavir (soit deux fois plus que pour les autres IP. 

La toxicité est principalement hépatique et nécessite un contrôle fréquent des transaminases en début de traitement. Les troubles digestifs sont fréquents ainsi que les anomalies lipidiques. Des cas d’hémorragies intracrâniennes ont été raportés.

Nefinavir VIRACEPT

Cette molécule n’est plus commercialisée actuellement

Inhibiteurs de fusion

Ils agissent en empêchant la fixation du virus sur les récepteurs membranaires de la cellule-hôte.

Enfuvirtide FUZEON

Seul représentant de la classe des inhibiteurs de fusion, c’est un peptide actif sur VIH 1 et non sur VIH 2. Il a une action antirétrovirale importante, del’ordre de 2 log copies par ml. Il est efficace sur les souches virales résistantes aux autres anti rétroviraux et a une tolérance systémique excellente. Mais son administration sous-cutanée deux fois par jour en limite la prescription.

Il a une demi vie de 3.8 heures et nécessite une administration biquotidienne. Il n’interfère pas avec le CYP450 et n’a donc pas d’interaction médicamenteuse significative en particulier avec les autres ARV.

La posologie est de 90mg deux fois par jour par voie sous cutanée. Les réactions locales au point d’injection (nodule inflammatoire) sont fréquentes.

Inhibiteurs de CCR5

Les inhibiteurs du CCR5 empêchent la reconnaissance gp120-corécepteur CCR5, préalable et nécessaire au processus de fusion des membranes virale et cellulaire.

Maraviroc (CELSENTRI)

Unique représentant de cette classe thérapeutique, il est actif sur VIH 1 VIH 2 et les souches virales résistantes aux autres ARV. Il se fixe spécifiquement sur le récepteur CCR5, agissant donc non sur le virus, mais sur la cellule cible.

Le produit n’agit que sur les virus utilisant le corécepteur CCR5 pour entrer dans la cellule et non sur celles utilisant d’autre co-récepteurs (notamment CXCR4)

Il faut donc, avant son utilisation déterminer par séquençage du génome viral la sensibilité de la souche au maraviroc. 

La puissance antirétrovirale est de 1.8 log10 de charge virale, le profil de tolérance est excellent, le prouduit est indiqué pour le traitement des patients en échec virologique.

Le maraviroc est substrat du CYP3A4 et les interactions médicamenteuses sont fréquentes, notamment avec la rifampicine. La diffusion dans le LCR est bonne.

La posologie est variable selon les antirétroviraux associés: se reporter au VIDAL.

Les effets secondaires sont essentiellement digestifs (nausées) , généraux (asthénie, insomnie, vertiges), cutanés (exanthème).

Inhibiteurs d’intégrase

Ils bloquent l’intégration de l’ADN proviral dans l’ADN de la cellule hôte.

Le raltégravir est le premier médicament commercialisé de cette classe, mais d’autres produits (elvitegravir, dolutegravir) sont en développement.

La puissance antirétrovirale est élevée (1,5 à 2 log10 de charge virale). Leur action est plus rapide que celle des autres ARV. La barrière génétique de résistance est faible, avec mutations rapides en cas de réplication virale persistante. La résistance est croisée entre raltégravir et elviégravir. Il n’est pas certain qu’elle le sera avec le dolutegravir.

Raltegravir ISENTRESS

Actif sur VIH 1, VIH 2 et sur les souches résistantes aux trois classes thérapeutiques les plus utilisées. Sa demi vie d’élimination des de 9 heures, il n’est pas métabolisé par les enzymes du cytochrome p 450, ce qui lui permet d’échapper aux interactions avec les molécules substrat de cette enzyme. Les IPP et l’atazanavir augmentent la concentration plasmatique du raltegravir, sans nécessité d’ajustement des doses. La pénétration dans le LCR est moyenne.

Le produit est utilisé par voie orale à la dose de 1comprimé (400 mg) deux fois par jour.

Le raltegravir est bien toléré:

  • troubles digestifs (diarrhée, ballonnements),
  • élévation des transaminases
  • élévation des CPK

Caby F, Katlama C. Molécules antirétrovirales. EMC Maladies Infectieuses 2013; 10(2):1-11 [Article8-006-]-10
 

Remarque: ce résumé d’article a été écrit par un étudiant ou un enseignant du DEPARTEMENT DE MEDECINE GENERALE DE PARIS 7. Il est en accès libre. La rédaction des résumés est faite dans le cadre de la REVUE DE PRESSE du DMG.

auteur du résumé:Jean-pierre Aubert (Enseignant(e) au DMG PARIS DIDEROT)

date de rédaction:01/07/2013

date de validation:01/07/2013

Mots cles:

antirétroviraux

VIH